Rtve claque 12,3 % d’audience tandis que le sénat lui tombe dessus

Le Parti Populaire espagnol a déclenché une commission d’enquête au Sénat contre RTVE, accusée de « dévier sa ligne éditoriale » pour servir des intérêts politiques. Le timing est cocasse : la chaîne publique vient d’atteindre 12,3 % de part d’audience en février 2026, son plus haut niveau en quatorze ans.

Bruxelles regarde, madrid tape

Le règlement européen 2024/1083 est clair : « Les États membres ne peuvent pas interférer dans les décisions éditoriales des médias. » Le PP estime pourtant que l’article 4.2 a été violé et réclame une « tutelle parlementaire » sur les choix de la rédaction. RTVE réplique par un communiqué cinglant : « Cette manoeuvre ressemble à un procès politique en différé. 

La guerre ne se limite pas au terrain législatif. Mediaset et Atresmedia, les deux poids lourds privés, crient à la « concurrence déloyale » depuis que RTVE a arraché les droits du Mondial 2026. Leur argument ? La chaîne publique bénéficie d’un budget garanti par l’État, donc « d’argent facile », alors que ses rivaux doivent lutter pour chaque euro de pub.

Des comptes en ber et des profits records

Des comptes en ber et des profits records

RTVE clôture 2025 avec un bénéfice net de 55,6 M€, grâce à une cure d’amaigrissement sévère : –18,7 % sur le coût des programmes, –7,6 % sur les frais d’exploitation. Résultat : La 1 truste les premières places des audiences, devant Telecinco et Antena 3 en chute libre. Le groupe privé pâtit aussi des chaînes autonomiques, qui perdent 0,8 point de part de marché depuis janvier.

José Pablo López, président de la corporation, ne décolère pas : « On nous accuse de biais idéologique, mais les seules données objectives montrent une audience en hausse et des économies sans précédent. » Il promet de « défendre l’indépendance de RTVE devant toute instance compétente », prévenant qu’une plainte pourrait être déposée à Bruxelles si la pression parlementaire se poursuit.

Le streaming, arbitre involontaire

Le streaming, arbitre involontaire

Pendant que les politiques s’écharpent, Netflix lance quarante-neuf nouveautés en avril. Objectif : maintenir sa courbe d’abonnés face à l’offre gratuite de RTVE sur la TNT. Le clash dépasse les frontières : les créateurs espagnols, eux, réclament plus de place sur la plateforme publique, la seule à produire des fictions en langues régionales sans regarder le ROI.

Le vrai combat, donc, n’est pas seulement sénatorial. Il est économique. Qui contrôle l’attention des téléspectateurs contrôle les milliards de la publicité et les futures redevances. RTVE, devenue soudainement rentable, dérange un écosystème habitué à la voir comme un poids mort. Le PP, Mediaset et Atresmedia forment ainsi une alliance opportuniste : attaquer la légitimité d’une chaîne qui, pour la première fois, gagne plus qu’elle ne coûte.

Fin de partie ? Bruxelles tranchera. Et si RTVE obtient gain de cause, l’Espagne pourrait bien exporter son modèle : une télévision publique sans subventions délirantes, capable de battre les géants privés à leur propre jeu. Le message est limpide : quand la politique s’en mêle, l’audience devient une arme, et les profits un motif de défiance.